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La paix ou la Guerre

Biographie d'un pont

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Pont de Remagen se trouve pour quelques jours au centre des événements historiques au niveau mondial:  La prise du pont, toujours intact, par les soldats américains le 7 mars 1945.  Ce haut fait qui entrera dans les livres d'histoire comme le "Miracle de Remagen" permet aux troupes alliées un passage inespéré au-dessus du fleuve.  On cite les paroles du Général américain Dwight D. Eisenhower:  "Ce pont vaut son pesant d'or".  Hitler fulmine, il suppose qu'il y a eu sabotage et fait condamner à mort cinq de ses officiers par un tribunal de campagne.  Dix jours plus tard, le pont s'écroule suite à des dégâts très importants.

Le Pont de Remagen a été construit pendant la Première Guerre mondiale à la demande pressante de militaires allemands afin de raccourcir le chemin des approvisionnements vers le front de l'ouest.  Après son achèvement en 1918, l'Empereur Guillaume II lui donne le nom du Général Erich Ludendorff.  Les soldats allemands qui rentrent au pays après la Première Guerre mondiale seront finalement les premiers à le traverser.  Dans l'entre-deux guerres, le pont va servir à l'aller et retour paisible entre les rives du fleuve et aux excursions vers l'Eifel et l'Ahr.

Peu avant la chute du pont, les américains utilisent le pont pour amener les soldats allemands en captivité.

Après la guerre, le pont devient vite un lieu de la mémoire collective de toute une génération.  Depuis les années 1980, les vestiges du pont servent de point de retrouvailles commun pour les vétérans.  En tant que témoins muets de la guerre, les tours du pont sont devenues un mémorial pour la paix.

 

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"Le pont maudit"

La guerre de bombardement à Remagen

Jusqu'au printemps 1944, les bombardements sur Remagen sont des effets secondaires des attaques des Alliés sur les grands centres industriels et de communication du Rhin et de la Ruhr.  La situation change avec la marche en avant des troupes alliées après leur débarquement en Normandie en juin 1944:  le Moyen-Rhin devient l'objectif des escadres des bombardiers.  Cela a des conséquences dramatiques pour les habitants de Remagen.

Au début d'octobre 1944, les Américains lâchent les premières bombes sur le Pont de Remagen.  Les attaques les plus lourdes, la ville les vit à la fin de l'année 1944.  Il y aura beaucoup de morts et de blessés.  Ainsi, 28 civils et 8 soldats seront tués pendant l'attaque aérienne de l'après-midi du 2 janvier 1945 lors de laquelle seront larguées 127 bombes de 450 kilo et 82 bombes de 900 kilo.

Pendant cet hiver, de nombreuses femmes quittent la ville avec leurs enfants afin de passer la journée sous la protection des forêts profondes et enneigées, et cela jusqu'à la fin janvier.  La population d'Erpel sur la rive opposée du Rhin cherche asile dans le tunnel du chemin de fer sous le rocher d'Erpel.

Les attaques américaines prennent fin le 3 mars 1945.

 

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"La garde sur le Rhin"

La vie de tous les jours des soldats de garde autour du pont

Pendant les premières années de la guerre, les soldats de la compagnie de la sécurité du pont passent leur journée à monter la garde, à faire des exercices militaires et du sport.  Après l'invasion de la Normandie le 6 juin 1944, les Alliés lancent des attaques aériennes systématiques contre les ponts du Rhin.  En tant que secteur de retraite des troupes allemandes, la région Ahr-Rhin devient dès l'automne 1944 la cible des bombardiers alliés.

Jusqu'au printemps 1945, les dirigeants allemands n'accordèrent que très peu d'importance au Pont de Remagen.  Peu de troupes étaient stationnées dans le secteur du Moyen Rhin.  Le 6 mars 1945, vu l'avance rapide des Alliés, le pont fut rapidement préparé pour le dynamitage.  Tous les essais de le détruire échouèrent.  Trahison?  Hitler mit en place un tribunal d'urgence le 9 mars et ordonna de condamner à mort les responsables.

Après la prise du pont par la 9e Division Blindée américaine, la force terrestre allemande intensifia ses efforts pour détruire l'ouvrage d'art.  Le 17 mars, donc le jour de la chute du pont, 11 missile du type V2 baptisé par la propagande allemande "arme de revanche" (Vergeltungswaffe) fut lancé vers Remagen.  Ce fut la seule fois qu'une fusée V2 fut dirigée vers un objectif allemand.  Le ministre de la propagande Joseph Goebbels a consacré de nombreuses pages de son journal au Pont Ludendorff.

 

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"Traversez le Rhin à pied sec . . ."

Les soldats américains traversent le Rhin.

Le 7 mars 1945, une compagnie de la 9e Division Blindée des USA sous le commandement du Lieutenant de souche allemande Karl H. Timmermann réussit à prendre le pont en un tour de main après que deux essais de dynamitage par les défenseurs allemands aient échoué.  La conquête d'un des derniers ponts intacts sur le Rhin est mentionnée dans les livres d'histoire sous les termes "Miracle de Remagen"

La débâcle du front ouest allemand se prépare avec la profonde avancée de la 9e Division Blindée dans le secteur de la 5e Armée entre le 4 et le 6 mars.  En 24 heures, les Américains réussissent à renforcer la tête de pont de 18 bataillons d'infanterie.  Le 10 mars, les Américains commencent la construction de deux ponts de bateaux et cela sous un feu nourri de l'artillerie allemande.  Sept jours plus tard, le pont fortement endommagé par les essais de destruction s'écroule et entraîne 30 soldats dans la mort.  A ce moment, trois ponts à bateaux sont déjà en service autour de Remagen.  Le 23 mars, les Alliés réussissent à forcer la tête de pont allemande de Remagen et à lancer la marche en avant vers l'Est.

 

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"Un trou dans le sol libère les dormeurs . . ." (Günter Eich)

Le camp des prisonniers de guerre dans la "Goldene Meile" (Mile d’or)

Après les deux traversées du Rhin par les troupes américaines le 7 mars 1945 près de Remagen et le 23 mars près de Wesel (entre Duisburg et Arnhem/Pays-Bas), tout le secteur de la Ruhr avec plus de 300.000 soldats allemands est encerclé.  Le nombre de prisonniers de guerre allemands s'accroît chaque jour de la progression américaine.  Les trois camps de rassemblementPrisoner of War Temporary Enclosures (PWTE) = L'enclos temporaire des prisonniers de guerre – installés à l'ouest du Rhin près de Rheinberg (entre Duisburg et Wesel), de Remagen et de Bad Kreuznach (110 km au sud de Coblence) conçus chacun pour 50.000 prisonniers sont bientôt trop petits, suit alors la création de 14 PWTEs supplémentaires.

Le 8 mars 1945, d'après les informations américaines, 252.592 prisonniers de guerre se trouvent dans les camps de Remagen et de Sinzig.  Il y règne des conditions de vie effroyables.  Il y manque de l'eau potable et des vivres, peu de prisonniers possèdent un manteau ou une toile de tente.  La vie se passe sur la terre nue.  Pour s'abriter du vent et de la pluie, les prisonniers se creusent des trous dans le sol.  A cause des conditions hygiéniques lamentables, les maladies se propagent à la vitesse du vent, les médicaments sont marchandises rares.

Entre le 28 avril et le 15 juillet 1945, 1.090 morts du camp seront enterrés dans un champ près de Bodendorf.  Vers la mi-juin, les Américains suppriment le PWTE de Remagen alors que le camp de Sinzig est pris en charge par les Français.  Une grande partie des prisonniers de Remagen est transférée dans d'autres camps.

 

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Ayez tous une pensée pour les morts !

Le couloir des victimes

La capture du pont par les soldats américains et son écroulement 10 jours plus tard ont occasionné des victimes des deux côtés des belligérants.  Un tribunal allemand d'exception fait condamner 4 officiers allemands pour lâcheté et traîtrise.  Un civil sera abattu à l'entrée du tunnel lors de la progression des Américains.  Et 30 soldats américains qui étaient occupés à des travaux de réparation sur le pont le 17 mars 1945 sont morts quand le pont s'est effondré.

Ce mémorial est dédié à tous ces morts et aux nombreuses victimes des combats autour du pont.  La Paix n'est possible qu'avec le souvenir commun des horreurs de la guerre.  Des souvenirs de la guerre de Remagen, des casques, des bottes, des douilles sont "enterrés" ensemble dans les niches du couloir.

 

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Entre Remagen et le Printemps de Prague

Hilmar Pabel en tant que documentariste de guerre.

Hilmar Pabel – un des plus remarquables reporters photographe et correspondant de guerre du 20e siècle – associe depuis sa fonction de photographe d'une compagnie de propagande stationnée à Remagen toujours aux événements historiques du Pont de Remagen.

Pabel (1910-2000) relate les bombardements pendant l'hiver 1944/45.  Après la guerre, et toujours muni de sa caméra Leica, il rend visite aux survivants d'alors.  C'est ainsi que s'est réalisé un reportage empreint d'une grande humanité autour d'une famille de Remagen.

En 1968, Pabel est envoyé en Tchécoslovaquie pour le magazine "Stern" afin de réaliser un reportage photographique sur le tournage du film américain "Le Pont de Remagen".  Ce tournage prend fin soudainement le 20 août 1968 lorsque les troupes soviétiques envahissent Prague et mettent une fin violente au processus de réformes entré dans l'histoire sous le nom de "Printemps de Prague".  La guerre à nouveau.  Hilmar Pabel, venu à Prague en tant qu'observateur pour la réalisation d'un film de guerre, se retrouve à nouveau sur place en tant que correspondant de guerre.

Que ce soit à Remagen, à Prague ou au Vietnam, Hilmar Pabel a toujours considéré sa photographie comme un instrument pacifique contre la violence, la misère et la faim.

 

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Paix – Frieden – Pax – PeaceSchalom – Paz – Mir – Pace . . .

Une surenchère complexe et contradictoire d'incitations à réfléchir sur le thème de la Paix.  Des penseurs "professionnels" et des philosophes prennent la parole.  Mais aussi des chansonniers, des politiciens, des poètes, les livres saints et des déclarations internationales.  La paix est comprise comme un processus dynamique d'une recherche constante de compromis, mais pas comme une situation réglée.

 

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Les guerres depuis 1945

La Seconde Guerre mondiale est à ce jour la dernière guerre sur le territoire allemand.  Mais une grande partie de l'humanité vit au début du troisième millénaire dans des conditions de guerres criminelles et dévastatrices.  95 % des guerres menées depuis 1945, guerres civiles ou guerres entre différentes nations, elles se déroulent dans des pays en voie de développement.  Surtout l'Afrique et l'Asie du Sud-est sont les champs de bataille de notre monde.

Comme exhortation contre le manque de paix, en tant que mémorial contre l'oubli, l'oppression, on a placé dans ce local ces 'tables à ouvrir' de toutes les guerres depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.  On peut y lire qui était impliqué et quelles furent les issues du conflit.  La disposition du local est conforme à la position géographique des champs de bataille.

Mais, c'est quoi la guerre?  Les gens qui subissent une guerre savent ce que c'est.  L'historien a besoin de concepts.  Des essais de définir la guerre sont difficiles et pourtant nécessaires.  La disposition des guerres depuis 1945 se base sur la définition donnée par le chercheur de la Paix hongrois István Kende (1917-1988):

La guerre est un conflit de masse violent qui présente les caractéristiques suivantes:

a)   deux ou plusieurs forces armées participent au combat dans lequel, au moins d'un des côtés, les forces armées régulières sont impliquées (armée, organisations paramilitaires, police)

b)   des deux côtés, il doit y avoir au moins un minimum d'organisations contrôlées par un noyau qui dirige la guerre et le combat.

c)   les opérations armées ont lieu avec une certaine continuité et ne sont pas seulement des conflits occasionnels et spontanés.

Des informations plus détaillées au sujet des guerres depuis 1945 rassemblées par le groupe de travail pour la recherche des causes de la guerre de l'université de Hambourg (Arbeitsgemeinschaft Kriegsursachenforschung) peuvent être obtenues sur le terminal Internet à l'entrée du musée.

 

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Le vacarme de la guerre devient musique de la paix

Ce n'est pas la première fois depuis l'exhortation biblique "de l'épée à la charrue" que l'on pense à utiliser du matériel de guerre à des fins pacifiques.

De cette bombe allemande de la Seconde Guerre mondiale qui fut sortie du Rhin en 1981, il est possible de tirer son et lumière.

 

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Pierres

Construction du pont, sa première fonction et vente des pierres

Ce pont fut construit pendant la Première Guerre mondiale à la demande pressante des généraux allemands.  Le chef du commandement général prussien Alfred Comte de Schlieffen avait demandé sa construction ainsi que celle des ponts de Engers et de Rüdesheim dans le cadre de ses projets de concentration pour la prochaine guerre contre la France.  Bien que projetée en 1912, la construction ne débute qu'en 1916 alors que la Première guerre mondiale fait furie depuis 2 ans déjà.

L'architecte de ce pont de 325 mètres est Karl Wiener.  L'Empereur Guillaume II donne au pont le nom du Général Erich Ludendorff.  Cette traversée du Rhin construite pour la guerre ne sera terminée qu'en 1918, trop tard donc pour sa destination militaire.  Les soldats allemands qui reviennent de la guerre seront les premiers à l'utiliser.

Quand, lors de l'été 1977, les piles du pont furent enlevées du Rhin, le maire Hans Peter Kürten eut l'idée de vendre des petites pierres du pont avec certificat d'origine afin de financer une documentation au sujet des évènements ayant trait au pont.

Le 7 mars 1980, il peut déjà ouvrir le Musée de la Paix.  Lors de sa modernisation à l'automne 2002, le musée comptait déjà 700.000 visiteurs payants.